Déclaration : Pour la sauvegarde et le renforcement de l’ENSG

Syndicat CGT OM IGN

Le débat actuel sur le devenir de l’ENSG à partir du dossier du rapprochement du cycle IT de l’IGN avec le cycle d’ingénieurs de l’ESGT soulève les questions suivantes auxquelles nous souhaitons apporter nos réponses.

1) Vocation de l’ENSG

A l’origine, l’ENSG avait pour mission essentielle de former le personnel de l’IGN pour 4 niveaux de formation distincts : cohabitaient alors un cycle IG, un cycle IT, un cycle Géomètres et un cycle DRPI.

A l’époque, le caractère intégré de l’ENSG dans l’IGN permettait d’irriguer la formation initiale de l’expérience directe et concrète de la production. Aussi la DG nous consterne lorsque aujourd’hui elle chante les louanges de l’apprentissage et de l’alternance pour justifier une externalisation du cycle Géomètres.

Il est utile au passage de rappeler que, de tous temps, l’ENSG a accueilli des élèves étrangers, cela a participé de la réputation internationale, sur les plans scientifique et technique, tant de l’ENSG que de l’IGN.

Depuis lors, les besoins en personnel propres à l’IGN ont décru et l’ENSG a du se réorienter vers une activité répondant aux besoins de la collectivité nationale en matière d’information géographique.

Pour la CGT, il est évident qu’il doit exister une école NATIONALE répondant aux besoins collectifs en matière d’Information Géographique. Le fait que le cycle IG ait disparu, absorbé par l’ENPC après la fusion des corps issus de X au MELT, ne constitue pas pour autant une raison de baisser le niveau scientifique et technique de l’enseignement délivré par l’ENSG.

Nous ne voyons aucune raison pour laquelle l’ENSG devrait rabattre sa voilure en terme de volume des promotions d’élèves comme en terme de qualité de l’enseignement délivré.

La crise actuelle est le résultat des dix – quinze dernières années durant lesquelles la transition vers de nouvelles missions n’a pas été beaucoup plus loin que le changement de locaux et l’élargissement (encore modeste) de la taille des promotions. A qui la faute ? Si ce n’est à nos tutelles et à la DG qui ont laissé l’ENSG survivre au fil de l’eau !

La CTI a mis en demeure l’école d’évoluer pour continuer à disposer de l’habilitation à délivrer un diplôme d’ingénieur, notamment en poussant vers une extension des promotions formées. Le rapprochement avec l’ESGT dans les conditions actuelles concrètes ne va pas dans ce sens.

2) Rapports avec d’autres grandes écoles

Dans le sens de l’évolution de la finalité et du fonctionnement de l’ENSG, il est naturel que des rapports de coopération soient entretenus avec d’autres grandes écoles. A ce titre, une mise en réseau de plusieurs grandes écoles est parfaitement acceptable du moment que cela ne se fasse pas au détriment de l’une d’entre elles.

Or, nous avons des raisons de craindre que le rapprochement avec l’ESGT soit un accord « gagnant-perdant » au détriment de l’ENSG. Tout laisse craindre que l’ESGT va pomper un maximum de ressources, pédagogiques et logistiques, de l’IGN sans apporter grand-chose en retour, voir pire entamer un processus de main mise sur le cycle IT.

3) Le devenir des autres cycles

Le futur immédiat des autres cycles de formation (DRPI et géomètres) est conditionné par celui du cycle IT. La DG elle-même a nourri nos inquiétudes en affirmant que l’externalisation du cycle DRPI vers Maximilien Vox et le recours à l’apprentissage pour les géomètres seraient des solutions envisageables à très court terme.

4) Le scénario dont nous ne voulons pas

Ainsi en quelques années, nous risquons de passer d’un enseignement visant tous les niveaux de formation, du technicien de production à l’ingénieur de management ou de recherche, à une liquéfaction de cet enseignement qui ne pourra que déboucher sur un détachement de l’ENSG d’avec l’IGN, et son absorption par une autre entité.

La CGT OM IGN le dit haut et fort : nous refusons un tel avenir.

L’ENSG doit continuer à vivre pour le rayonnement de l’enseignement des sciences regroupées aujourd’hui sous le nom de géomatique. Nous insistons pour que ce terme ne serve à mener une opération frauduleuse de rétrécissement du champ d’enseignement : l’ENSG doit garder un vrai niveau scientifique complet et non pas suivre l’ESGT dans une spécialisation étroite, comme le Topo foncier.

Quand nous disons cela, nous ne cherchons pas à dévaloriser l’ESGT mais simplement, nous rappelons que les deux écoles, ne formant pas aux mêmes métiers, ne délivrent pas un enseignement identique mais seulement voisin.

De toute façon, si la formation initiale et universitaire s’en va, alors la formation continue suivra immédiatement car il ne saurait y avoir l’un sans l’autre !

5) Les conséquences d’une remise en cause de l’ENSG

Elles touchent au recrutement, au statut des recrutements, aux conditions sociales du recrutement (aujourd’hui, les futurs agents de l’IGN sont payés et ne paient pas de frais de scolarité…) et aux activités de l’IGN. Car la grande question est : l’IGN va-t-il rester un producteur de données ou se replier sur un organisme de contrôle ?

Si on abandonne la production, il est fatal que l’on abandonne aussi l’enseignement. Et réciproquement !

Saint-Mandé, le 21 février 2008.

Délégation à la DG du 18-02-2008 sur l’avenir de l’ENSG

Compte-rendu de l’entrevue du lundi 18 février 2008 à la DG d’une délégation du personnel et des élèves de l’ENSG et de l’Intersyndicale.

Ont participé à la délégation :

Une dizaine d’enseignants et d’élèves ;

CGT PTA : Pierre Thomas et Mathieu Brun ;

CGT OM : Jean-Marie Couppey et Olivier Delbeke ;

CFDT : Stéphane Pelle.

La délégation de la DG était composée de :

DG : François Brun ; DRH : Daniel Horel ; ENSG : Christine Salgé ; et Dir’ Cab : Françoise Tuchman.

L’entrevue a duré deux bonnes heures. Nous en donnons les points essentiels.

En entrée de séance, l’Intersyndicale par la voix de Pierre Thomas a déposé les demandes exprimées dans la pétition intitulée « L’ENSG doit vivre ! », pétition ayant reçu en quelques jours plus de 500 signatures tant à l’ENSG qu’à l’IGN. [Relire attentivement cette pétition pour ceux qui ne l’auraient pas fait, surligneur à la main !]

En réponse aux demandes de la délégation, le DG a tenu un discours convenu renvoyant le personnel et les organisations syndicales à une soit disante posture de « conservateurs frileux ».

Il a soutenu que, dès la phase de formation initiale, il fallait habituer les élèves ingénieurs à une incontournable mobilité qu’ils retrouveront tout au long de leur carrière.

Il a déclaré que l’ENSG devait ressembler à une vraie école d’ingénieurs et non à un appendice de formation de l’IGN.

Il a souligné qu’il n’y avait pas eu de signe d’opposition au projet au sein du conseil de perfectionnement de l’ENSG.

Il a brandi la menace, toujours entre les mains de la CTI, du retrait de l’habilitation de l’ENSG à délivrer un diplôme d’ingénieur.

Il a énoncé ainsi les objectifs fixés par la DG dans le projet : augmenter les effectifs des promotions d’élèves, revoir les programmes d’enseignement en fonction des évolutions des métiers, adopter les formations à cela.

A ses yeux, le but de ce rapprochement avec l’ESGT vise à différencier le recrutement, le choix de l’ESGT découlant de deux logiques, une logique de réseau passant par un travail en commun de 4 écoles [ENSG, ESGT, INSA, ESTP et pourquoi pas, après-demain, en direction de l’Ecole nationale du cadastre …], il n’y a pas d’intention de fusionner les deux écoles.

Il a insisté sur le thème de « la masse d’une école qui fait son importance » et non pas seulement le niveau.

Il a indiqué que, hormis l’ENSG, il n’y avait pas de compétences en IG sur le campus de MLV.

Sur le cycle Géomètres, il a longuement évoqué le modèle suisse de l’apprentissage par lequel les géomètres helvètes passent sans pour autant porter préjudice à la qualité de la topographie suisse.

Sur le cycle DRPI, sous l’angle du nombre et de l’existence réelle d’un métier, il a ouvert la question de l’utilité de cette formation au regard des besoins du pays et non pas des seuls besoins étroits de l’IGN.

Pour l’avenir de ces deux cycles, le DG a déclaré que l’IGN a une vocation interministérielle, par opposition à une vocation confinée au MEDAD, et a renvoyé en conséquence sur une enquête « métier » qui éclairera sur les besoins pour ceux deux niveaux de formation.

Là, un fantôme s’est invité dans la discussion : personne n’a pu encore accéder à l’enquête métier réalisée pour le cycle IT. Pourtant ce document, censé être à la base de la définition du projet pédagogique, a un caractère clair de document public …

En réponse, plusieurs intervenants ont questionné son discours.

Stéphane Pelle a soulevé le problème du contenu du projet pédagogique : à l’heure d’aujourd’hui, les enseignants de l’ENSG ne sont pas informés du projet de rentrée 2008 !

Ce à quoi, le DG a renvoyé aux compétences du Conseil de perfectionnement de l’ENSG, rebaptisée « instance de gouvernance de l’Ecole ».

D’autres enseignants ont souligné les différences de niveau dans la conception de l’enseignement. Ainsi, une professeure de photogrammétrie a indiqué qu’à l’ESGT, par exemple, on ne faisait pas appel aux matrices dans cet enseignement, alors que l’ENSG et son cycle IT y ont recours.

D’autres ont souligné le faible niveau de l’enseignement des langues à l’ESGT alors même que le DG se plaint du faible niveau linguistique, notamment en anglais, de l’ingénieur moyen.

Enfin, en terme de surface disponible pour l’enseignement, il est clair que l’ESGT ne dispose pas de ressources actuellement suffisantes, surtout au regard de l’objectif d’ouverture des promotions d’élèves.

A la demande de l’Intersyndicale de surseoir à la signature du projet de rapprochement des cycles ESGT et ENSG, la DG n’a pas répondu pour l’instant mais celle-ci est bien en peine de soutenir ce projet alors même que le fondement et le sérieux de celui-ci apparaissent, pour l’instant, bien évanescents. Pour mémoire, initialement, la première rentrée commune aurait du avoir lieu en septembre 2006. Et à six mois de la rentrée 2008, les enseignants de l’ENSG n’ont pas de quoi s’emparer de l’ombre du projet !

Les élèves présents ont soulevé le problème de l’attractivité du cycle IT. La localisation d’une première année au Mans n’attirera pas autant qu’une localisation sur un campus en région parisienne. Peut-on atteindre l’objectif d’une hausse des inscrits dans ces conditions ?

Les élèves ont souligné que MLV offrait un vrai pôle de compétence en géomatique. Ce à quoi, le DG oppose l’argument que ceci n’est valable que dans la seule logique de site qu’il prétend doubler systématiquement d’une logique de réseau.

D’autres arguments ont été apportés notamment sur la qualité de la vie universitaire sur le campus de MLV dont le tissu associatif des étudiants. Ce à quoi le DG a ironiquement répondu en proposant le lancement d’un projet management-organisation sur l’animation d’un BDE multi-site !

Notre conclusion

Il est encore temps d’arrêter ce train avant qu’il ne devienne vraiment infernal. Il sera trop tard quand les enseignants et les élèves de l’ENSG seront sommés d’aller essuyer les plâtres d’un projet mal ficelé dont les visées réelles répondent plus à des intérêts particuliers plutôt qu’à l’intérêt collectif.

La logique de ce projet est de livrer les ressources pédagogiques et le crédit de l’ENSG à une entreprise dont les fondations logistiques sont encore bien frêles : on aimerait avoir un aperçu des ressources financières qui devraient faire vivre ce projet….Surface d’enseignement, contenu pédagogique, infrastructure scolaire, frais de transport, logement étudiant …et enseignant aussi (!) : montrez-nous les plans !

Saint-Mandé, le 18 février 2008.

Réponse à Monsieur Polidori

Notre papier du 6 février 2008 intitulé « Pour la survie de l’Ecole de l’IGN » a provoqué un commentaire de Monsieur Laurent Polidori au nom de la direction de l’ESGT.

Nos lecteurs peuvent se reporter aux commentaires attachés à l’article en question pour en prendre connaissance…La CGT OM tient à répondre à cette mise au point.

1) Notre préoccupation essentielle est de défendre l’ENSG en tant qu’école de l’IGN.

Et nous pensons que le processus actuel de rapprochement de la 1er année du cycle IT de l’ENSG avec une année homologue du cycle de l’ESGT est une manœuvre d’approche visant à l’absorption du cycle IT de l’ENSG.

A partir du moment où ce cycle IT sera entièrement parti au Mans, alors suivront les dépeçages des cycles DRPI et Géomètres !

Mais visiblement, cet aspect de nos préoccupations a laissé indifférent Monsieur Polidori.

Et pour cause, car toute l’opération est menée en avançant masquer tant du côté de la direction de l’ENSG que du côté de la direction de l’ESGT.

Pour nous, la meilleure solution est que chacun reste chez soi, pour former aux métiers spécifiques de chaque secteur professionnel.

2) Nous reconnaissons avoir mal tourné notre plume dans l’encrier en disant que « le niveau était plus faible à l’ESGT ».

En fait, nous aurions du dire que ces deux écoles préparant à des métiers différents, il en résultait des niveaux différents.

D’ailleurs, si ces écoles préparaient au même métier, la fusion des cycles d’ingénieur se déroulerait sans problème…Ce qui n’est pas manifestement le cas actuellement.

Et l’on pourra s’il le faut aligner les domaines dans lesquels l’ENSG est plus forte et ceux où l’ESGT est en avance….

3) Quant au financement de l’ESGT, Monsieur Polidori dit qu’il est « abondé à hauteur de 5% par les entreprises ».

Si cela n’est pas un financement patronal, alors qu’est-ce que c’est ?

On peut même dire que l’ESGT fournissant près de 100 ingénieurs diplômés par an, ce n’est pas cher payé…Mais tel n’est pas notre propos, on pourrait plutôt s’interroger sur le fait que l’ESGT ayant un caractère national dans sa formation et son rayonnement, elle devrait être financée correctement à 100% par un budget national plutôt qu’un patchwork de financements divers.

La CGT est pour un financement public de l’enseignement public à tous les niveaux. Elle est contre l’entrée des patrons dans les conseils d’administration des universités et leur financement direct. C’est pourquoi la CGT a pris position contre la loi LRU qui va dans le sens de la privatisation des universités et de l’enseignement supérieur.

Le meilleur financement que les entreprises peuvent procurer est de s’acquitter de leurs impôts et ensuite, à charge pour la représentation nationale de voter les lois budgétaires affectant le produit de l’impôt !

Conclusion :

Que Monsieur Polidori se rassure, la CGT à l’IGN ne veut aucun mal à l’ESGT ni à son personnel. Par contre, qu’il soit assuré que tous ceux qui voudraient détruire l’école de l’IGN trouveront face à eux le personnel de l’IGN et de l’ENSG et leurs organisations syndicales dont la CGT.

Saint-Mandé, le 15 février 2008.

Post-scriptum :

une entrevue aura lieu lundi prochain à la DG sur le sujet de l’avenir de l’ENSG. Une forte délégation du personnel de l’ENSG s’y rendra avec les représentants de l’Intersyndicale de l’IGN.

Cérémonie de remise des diplômes à l’ENSG du mercredi 6 février 2008

Cérémonie de remise des diplômes à l’ENSG du mercredi 6 février 2008

POUR LA SURVIE DE L’ECOLE de L’IGN !

Une AG du personnel et des élèves de l’ENSG s’est tenue le 31 janvier dernier. A cette occasion, les participants se sont inquiétés du devenir de l’ENSG, en tant qu’école de l’IGN à l’heure à certains ne rêvent que de délocaliser le cycle IT au Mans dans les étroits locaux de l’ESGT, et à l’heure où d’autres souhaitent récupérer les surfaces occupées par l’ENSG pour les rendre à l’ENPC.

Les contacts avec l’ESGT ont montré le faible niveau de cette école financée par le patronat du secteur. Ce qui montre au passage que les patrons ne sont pas intéressés à un haut niveau de qualification des salariés mais au strict minimum permettant de faire bosser.

Maintenant, en plus des menaces venant du coté de ceux qui veulent danser un slow étouffant avec l’ESGT, il y a aussi les rumeurs concernant l’externalisation des cycles DRPI et géomètres.

Cela a une signification très claire : la fermeture des recrutements statutaires dans l’IGN via les cycles de l’ENSG.

Cette politique est néfaste pour les raisons suivantes :

– elle porte atteinte aux emplois dans l’IGN ;

– elle porte atteinte aux carrières statutaires car derrière le recrutement via des filières extérieures à l’IGN se profile le recrutement hors statut fonctionnaire ou ouvrier ;

– elle porte atteinte à la qualification des agents.

Pour toutes ces raisons, il est important que ce mercredi s’exprime la volonté des personnels de voir le maintien de l’ENSG dans l’IGN, le maintien d’une localisation à proximité du cœur de la production.

NON : l’ENSG n’est pas à vendre !

L’ENSG fait partie du patrimoine public et de l’équipement géographique national et elle doit y rester !

Saint-Mandé, le 6 février 2008

CGT Fonction Publique : déclaration pouvoir d’achat du 6 février 2008

LES ANTI-POUVOIR D’ACHAT PERSISTENT ET SIGNENT

C’est hier en fin d’après-midi que les « propositions servant de base aux négociations » ont été transmises aux organisations syndicales par les ministres en charge de la Fonction publique.

Le fait que celles-ci soient étalées sur près de 10 pages ne sauraient masquer l’essentiel : l’unique mesure générale sur la valeur du point est chiffrée à 0,5 % à compter du 1er mars 2008 !

Après les journées massives de grève et de manifestations et alors même l’inflation connaît une hausse importante, il s’agit là d’une réponse se situant aux antipodes des légitimes exigences des personnels portées dans l’unité syndicale la plus large depuis de très nombreux mois.

En l’état, elle amplifierait une perte de pouvoir d’achat quasi sans précédent pour les agents de la Fonction publique, que ne compenseraient certainement pas les autres dispositions avancées dans le document d’hier soir.

Il est significatif de noter que l’augmentation de 0,5 % du point au 1er mars « coûterait » pour un peu plus de 5 millions de salariés environ l’équivalent de la mise en place du bouclier fiscal bénéficiant à quelques milliers de contribuables fortunés.

Il s’agit donc bien de choix politiques inacceptables.

Le Président de la République et son Gouvernement confirment bien qu’ils sont les ennemis de l’augmentation du pouvoir d’achat du plus grand nombre.

Pour la CGT, cette copie est à revoir d’urgence.

Plus que jamais, nous considérons que la mobilisation unitaire des agents est indispensable.

Montreuil, le 6 février 2008

Les fonctionnaires, citoyens de plein droit, par Anicet Le Pors

Tribune parue dans LE MONDE du 31 janvier 2008

Présentation :

Anicet Le Pors, ministre de la Fonction publique de 1981 à 1984 est « le père » des lois qui ont façonné le statut général de la Fonction publique depuis lors. A l’occasion de sanctions ayant récemment frappé des fonctionnaires, il donne une analyse de ce que sont aujourd’hui, dans le cadre juridique établi sous son ministère, les droits et devoirs des fonctionnaires et agents de l’Etat. En cette période d’autoritarisme nécessaire pour imposer les reculs sociaux souhaités par le MEDEF et les multinationales, et pour ce qui concerne l’IGN, en ces temps de « Charte des valeurs » et de confection d’un « réglement inétrieur », nous reproduisons cette tribune pour susciter la réflexion de tous les salariés.

Deux hauts fonctionnaires viennent d’être sanctionnés de manière hypocrite en étant démis de leurs fonctions pour s’être exprimés en tant que citoyens sur certains aspects du fonctionnement du service public. Le premier, Yannick Blanc, directeur de la police générale à Paris, pour une déclaration jugée inopportune sur l’opération de juillet 2006 de régularisation des parents étrangers d’enfants scolarisés. Le second, Jean-François Percept, pour des appréciations générales sur sa condition de fonctionnaire.

La question n’est pas ici de porter un jugement sur le fond de ces déclarations, mais de savoir si ces deux fonctionnaires, et plus généralement le fonctionnaire, ont le droit d’émettre publiquement une opinion et jusqu’à quel point. De savoir si le fonctionnaire est un citoyen comme un autre. Pour avoir conduit l’élaboration du statut général des fonctionnaires entre 1981 et 1984, je crois pouvoir témoigner utilement sur le sens des dispositions en vigueur. C’est à tort que l’on évoque à ce propos l’article 26 du statut général des fonctionnaires qui traite du secret professionnel et de la discrétion professionnelle. Les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel, soit que les faits qu’ils apprennent dans l’exercice de leurs fonctions leur aient été confiés par des particuliers, soit que leur connaissance provienne de l’exercice d’activités auxquelles la loi, dans un intérêt général et d’ordre public, a imprimé le caractère confidentiel et secret. Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tout ce dont ils ont connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. Dans les deux cas considérés, ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit.

Même si ce n’est pas sans rapport, on ne saurait non plus se référer principalement à l’article 28 qui pose le principe hiérarchique d’obéissance du fonctionnaire dans les termes suivants : « Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. » Le fonctionnaire garde donc une marge d’appréciation des ordres qu’il reçoit. On ne saurait sans méconnaître la loi contester au fonctionnaire cette liberté qui, avec la bonne exécution des tâches qui lui sont confiées, participe de sa responsabilité propre. Mais les deux cas évoqués relèvent d’autant moins de cette règle que le premier a fait ses déclarations alors que son supérieur hiérarchique, le préfet de police, était parfaitement informé, et que le second n’évoquait aucunement ses propres activités.

Reste donc le principe posé dès l’article 6 de la loi du 13 juillet 1983, qui s’exprime de manière on ne peut plus simple : « La liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires. »

La première conséquence est d’entraîner un autre principe : celui de non-discrimination des fonctionnaires ; toute discrimination entre les fonctionnaires fondée sur leurs opinions politiques, religieuses ou philosophiques, sur leur état de santé, leur handicap, leur orientation sexuelle, leur origine ou leur appartenance ethnique est interdite.

La deuxième conséquence est de permettre au fonctionnaire de penser librement, principe posé dès l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui vaut pour les fonctionnaires comme pour tout citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.« 

Ce principe a été repris dans la loi de 1983 et un large débat s’est ouvert aussi bien avec les organisations syndicales qu’au Parlement sur la portée et les limites de la liberté d’opinion qu’il convenait éventuellement de faire figurer dans le statut lui-même, sous la forme, d’une part, de la liberté d’expression et, d’autre part, de l’obligation de réserve. J’ai rejeté à l’Assemblée nationale le 3 mai 1983 un amendement tendant à l’inscription de l’obligation de réserve dans la loi en observant que cette dernière « est une construction jurisprudentielle extrêmement complexe qui fait dépendre la nature et l’étendue de l’obligation de réserve de divers critères dont le plus important est la place du fonctionnaire dans la hiérarchie » et qu’il revenait au juge administratif d’apprécier au cas par cas. Ainsi, l’obligation de réserve ne figure pas dans le statut général et, à ma connaissance, dans aucun statut particulier de fonctionnaire, sinon celui des membres du Conseil d’Etat qui invite chaque membre à « la réserve que lui imposent ses fonctions ».

En définitive, la question est plus politique que juridique et dépend de la réponse à la question simple : le fonctionnaire est-il un citoyen comme un autre ? Dans notre construction sociale, est-il un sujet ou un citoyen ? Dans les années 1950, Michel Debré donnait sa définition : « Le fonctionnaire est un homme de silence, il sert, il travaille et il se tait« , c’était la conception du fonctionnaire-sujet. Nous avons choisi en 1983 la conception du fonctionnaire-citoyen en lui reconnaissant, en raison même de sa vocation à servir l’intérêt général et de la responsabilité qui lui incombe à ce titre, la plénitude des droits du citoyen.

C’est cette conception qui est en cause dans les mesures d’intimidation précédemment évoquées prises au plus haut niveau de l’Etat, préliminaires d’une vaste entreprise de démolition du statut général des fonctionnaires programmée pour 2008. Il est grand temps que s’élève la voix des esprits vigiles.

Anicet Le Pors, ancien ministre de la fonction publique 1981-1984