La base adresse de l’IGN en danger.

Le secrétaire d’État à la réforme de l’État soutient ouvertement l’initiative d’OpenstreetMap de création de la BANO (Base Adresse Nationale Ouverte) ; ce positionnement est un pavé dans la mare de l’IGN et remet en cause ses missions, non seulement de constitution de la Base Adresse Nationale (BAN) mais à terme plus largement la constitution du RGE. C’est finalement une remise en cause de l’IGN comme opérateur de Référence de l’État… et comme opérateur tout court.

En mai 2014, les premières données de la Base Adresse Nationale Ouverte (BANO) d’OpenStreetMap ont été diffusées. OSM annonce une couverture à 100% du territoire :

voir http://openstreetmap.fr/bano/premiere-etape-atteinte. Sous couvert d’une opération « collaborative », il s’agit surtout d’un pompage en règle des données « adresse » de la DGFiP.

Tout récemment, le secrétaire d’état chargé de la réforme de l’État et de la simplification assure la « participation et le soutien de l’État à l’initiative OpenStreetMap via une Base d’Adresses Nationale Ouverte (BANO)… » qui aura vocation à devenir la « BANO² » Base Adresse Nationale Ouverte Officielle. Etalab a fait la promotion de celle-ci comme une contribution française aux données libres en juillet 2014 à Berlin. A noter que le président d’OpenStreetMap France vient d’intégrer la mission ETALAB, dans laquelle il a en charge la mise en œuvre de la BANO²…

Ce positionnement de l’État nous interpelle fortement : le contrat d’objectif de performance donne pour mission à l’IGN de réaliser, en partenariat avec les grands opérateurs publics, la Base Adresse Nationale (BAN). Il est aberrant que l’État soutienne en parallèle l’initiative « BANO ». Il ferait mieux de donner à l’IGN les moyens de réaliser ses missions!

Ce point suscite beaucoup de questions :
– que devient le travail des agents de l’IGN ? Quel avenir pour les missions de production de l’IGN ?
– quelle conception des données géographiques (qualité, exhaustivité, pérennité des données)? C’est quoi, la fameuse « donnée faisant autorité » dès lors que l’État, ne s’appuie pas sur « son » opérateur national pour la constituer?
– quelle indépendance ? (OpenStreetMap est une organisation à but non lucratif anglaise fondée par un certain Steve Coast pour tirer parti du GPS et des bases de données existantes et s’affranchir ainsi des services nationaux de cartographie – la frontière entre la liberté du collaboratif et l’ultralibéralisme est ténue.

A force de baisse de moyens des services publics, le secteur privé prendra-t-il la place sans aucune des garanties du service public?

Je pense qu’il y a urgence à se mobiliser et dans un premier temps, interpeller l’État, en l’occurrence le premier ministre, sur cette question.

Anne Samica,
Représentante du personnel ( CGT ) au Conseil d’Administration de l’IGN

14 réflexions sur “La base adresse de l’IGN en danger.

  1. Il semble justement que cette Base Adresse Nationale Ouverte ait été créée car « si l’IGN et La Poste n’arrivent pas à se mettre d’accord, on va pas perdre notre temps à les attendre ». La Base Adresse Nationale n’est pas en danger, puisque après 10 ans de discussions elle n’existe toujours pas.

    http://openstreetmap.fr/blogs/cquest/BAN-a-cote-de-la-plaque

    Le but n’est pas de « s’affranchir ainsi des services nationaux de cartographie ». Le but est d’avoir une base de donnée utilisable par tous et dès maintenant. Il s’agit là de créer un bien commun du domaine public (dont la licence ODbL assure la pérennité) pour tous les utilisateurs. Ce qui est du coup bien plus intéressant que la BAN IGN qui elle n’est utilisable gratuitement que pour le service public − ce qui sous-entend payant pour les autres.

    Le danger pour l’IGN, ça n’est pas OpenStreetMap. Le danger c’est l’institution qui n’a pas compris internet (cet article le montre encore une fois), et qui continue de croire à la commercialisation des données. Pourquoi moi, simple individu, n’ai-je pas le droit d’avoir accès aux informations dont la production a été financée par mes impôts ?

    En se rapprochant d’OSM France (et donc pas des anglais), l’état est avant-gardiste et complètement en phase avec l’époque dans laquelle nous vivons. L’IGN ferait mieux de suivre l’exemple − avant de se faire définitivement enterrer par Google. (qui prospère grâce aux données que vous leur avez vendu)

  2. La mission de l’IGN serait parfaitement remplie si l’IGN rejoignait l’effort collectif qu’est la Base d’Adresse Nationale Ouverte. L’Etat mettant ses moyens au service d’un bien commun – incroyable non ? Un bien hors de l’emprise capitaliste, auquel chacun donne selon ses capacités et disponible à chacun selon ses besoins… Si la CGT est contre ça alors je ne comprend plus rien à la politique.

  3. Bonjour,

    Je suis contributeur OpenStreetMap depuis quelques années et je suis choqué par les âneries que je viens de lire dans votre texte.

    > Sous couvert d’une opération « collaborative », il s’agit surtout d’un pompage en règle des données « adresse » de la DGFiP.
    Il n’y a pas de « couverture », OpenStreetMap est un projet collaboratif par nature. Il ne s’agit en aucun cas d’un pompage des données du cadastre de la DGFiP. Depuis déjà quelques années, la DGFiP a donné l’autorisation aux contributeurs du projet OpenStreetMap d’utiliser ses données comme source pour créer des données dans OpenStreetMap. Cela sert notamment pour ajouter dans la base OpenStreetMap les bâtiments par commune. Rien n’est « pompé ». Des outils permettent de faire la transformation mais ce sont les contributeurs qui doivent réaliser l’intégration à la main en vérifiant les nombreuses erreurs avec les outils de correction proposés. Pour avoir fait ce travail, je peux vous garantir que cela prend du temps !
    Pour en revenir aux adresses il ne s’agit en aucun d’un pompage, mais de combiner les adresses proposées par le cadastre avec celles des données OpenData des villes et celles déjà présentes dans OpenStreetMap pour créer un base d’adresse composite qui est la BANO. Cette base peut ensuite servir « entre autre » à compléter les adresses dans OpenStreetMap. J’ai moi-même complété pas mal de communes en allant sur le terrain relever les adresses manquantes dans le cadastre. Alors « pomper » la DGFiP arrêtez de me faire rire !
    L’important c’est que cette base soit sous licence libre donc accessible à tous et pour tous les usages. Contrairement à celle proposée par l’IGN ! Cette fameuse BAN ça fait combien d’années qu’on en parle ? Que s’est-il passé de concret pendant tout ce temps ? Pas grand chose n’est-ce pas ? La BANO ce n’est pas que du blabla, c’est de la réalisation concrète. Et en peu de temps, le résultat est déjà impressionnant !

    > OpenStreetMap est une organisation à but non lucratif anglaise fondée par un certain Steve Coast pour tirer parti du GPS et des bases de données existantes et s’affranchir ainsi des services nationaux de cartographie – la frontière entre la liberté du collaboratif et l’ultralibéralisme est ténue
    OpenStreetMap est un projet initié en Angleterre il y a 10 ans et qui est maintenant décliné en de multiples variations nationales. La BANO est un projet mis en place par l’association de loi 1901 OpenStreetMap France, pas du tout par la fondation OpenStreetMap anglaise ni le créateur du projet Steve Coast. Ce sont des entités totalement indépendantes. Pour avoir participé à de nombreuses journées et animations OpenStreetMap je peux vous dire qu’on est à l’opposé de l’ultra-libéralisme que vous dénoncez. Vous devriez venir voir pour votre rendre compte. Taxer OpenStreetMap d’ultra-libéralisme alors qu’il s’agit de construire un bien commun disponible pour tous gratuitement c’est plus que gonflé. Surtout venant de la CGT ! Vous êtes soit totalement ignorant du fonctionnement d’OpenStreetMap, soit de très mauvaise foi pour défendre votre bifsteack. Je vais quand même opter pour la première option…

    > A force de baisse de moyens des services publics, le secteur privé prendra-t-il la place sans aucune des garanties du service public ?
    OpenStreetMap n’est pas le secteur privé, mais le secteur associatif et depuis quand l’IGN est-il le secteur public ? Que d’âneries dans une seule phrase…

    Vous semblez effarés que l’État soutienne le projet BANO. De quoi avez-vous peur ? Que le projet BANO fasse mieux et plus rapidement que ce que l’IGN sera capable de faire ? De toute façon avec ou sans le soutien de l’État, la BANO se fera car les contributeurs OpenStreetMap n’ont pas besoin du soutien de l’État pour faire ce travail. Vous pouvez choisir de travailler avec nous ou de continuer à discuter pendant des années de comment faire votre BAN tout seuls. En attendant BANO avancera… très vite !

    • bonjour,

      Je suis agent de l’IGN et connait aussi OSM.

      Je ne rentrerai pas dans le débat sur le modèle économique de l’IGN ou sur le type de licence que doit avoir la BAN.
      Oui, cela fait des années que l’on parle de BAN mais cela n’a pas empêché l’IGN de produire de son côté la BDAdresse forte de 25 millions de points adresse et qui est fiabilisée et actualisée en permanence.
      La Bano ou la Bano2 sera t elle en mesure demain d’assurer les mises à jour et de garantir la précision de ses données ? je suis conscient et admet la force collaborative des mappers d’OSM mais c’est ce nombre qui me fait douter de la qualité et de l’homogénéité des données.
      Quand j’entends OSM mettre en avant les besoins des services de secours (SDIS, SAMU…) pour justifier la création de la Bano cela me hérisse le poil ! Les services de secours ont accès aux données adresse de l’IGN gratuitement et à choisir entre d’un coté 15 millions d’adresses et de l’autre côté 25 millions d’adresse leur choix est vite fait (cela m’a encore été confirmé par un SDIS la semaine dernière).

  4. Les animateurs de ce blog syndical CGT vont se faire un plaisir de fournir en retour les argumentaires qui tiennent à cœur aussi bien aux syndiqués CGT comme à la plupart des agents de l’IGN : patience, les plumes et les claviers se mettent en route ….

    La défense et la portée du service public n’ont rien à craindre du débat. Au contraire .

  5. Il faudrait déjà que l’IGN accepte de partager!
    Il faudrait que l’IGN arrête de nous faire payer ce que nos impôts ont déjà payé!

    Tout le monde a besoin d’une base d’adresse fiable, mais l’IGN et La Poste n’ont rien fait de solide, voire rien du tout.
    Ce qui semble vous effaré c’est de voir que les individus s’affranchissent de la centralisation et créent par eux-même les outils dont ils ont besoin.

    Le cadastre appartient à tous et il est heureux que la DGIFP ait compris cela et ait assumé les conséquences de cette notion de bien commun en autorisant la réutilisation dérivée de leur travail de ‘cartographie’ du territoire. Cela les a probablement amené à accélérer certains chantiers de mise à disposition. Ils doivent très probablement y retrouver leur compte avec l’ensemble des outils mis à disposition notamment pour corriger des erreurs.

    L’IGN est une émanation de l’État mais est en fait une structure indépendante qui ne cherche qu’à rentabiliser son modèle économique envers et contre-tous.
    L’IGN pense pouvoir s’affranchir des décision ministérielle et elle a tort! OSM est l’un des nombreux projets libres qui le démontre. La propriété intellectuelle telle que nous l’avons connue basée sur la matérialité d’un bien est hors course avec les nouvelles technologies. Ne parlons pas de la Propriété Intellectuelle non matérielle qui elle aussi est en train de voler en éclat et doit IMPÉRATIVEMENT se réformer pour revenir à ses fondamentaux de protection de l’auteur seul, ce qui était sa fonction primaire.

    L’IGN a été contrainte de laisser gratuitement ses fichiers aux collectivités et la force des individus va la contraindre à libérer son travail pour le rendre accessible à tous et c’est inéluctable.

    Je vous vois arriver avec l’emploi.
    1) les fonctionnaires (pas nombreux) sont aux ordres de l’État donc peuvent être transféré dans d’autres administration ou plus simplement éliminés par les départs naturels.
    2) les employés de droit commun. Je vous vois arriver aussi.
    N’y a-t-il donc que si peu de travail que les agents n’ont rien à faire? Non car c’est comme partout on vous dit de faire plus avec moins. La BANO n’est donc pas un danger puisque rien n’empêche l’IGN d’y participer sauf qu’elle ne veut en aucun cas se voir noyer dans la masse au travers la licence et ne plus recevoir de subsides pour cette action qui devrait lui être imposée de par sa nature d’entreprise avec délégation de service public. Elle pourra toujours vendre ses cartes améliorées par OSM. Certes les gens ne se bousculeront plus au portillon pour acheter ce qu’il peuvent avoir gratuitement.
    L’IGN aura toujours des missions ‘impossibles’ à faire par des bénévoles du fait des moyens techniques nécessaires et c’est bien là qu’elle doit faire porter son effort tout en accompagnant les domaines où elle peut apporter ses moyens à la nation, ce qui est dans ses fonctions primaires du fait de l’évolution de ses compétences au fil de ces deux derniers siècles.

    L’IGN devrait surtout s’inquiéter de voir que de plus en plus de collectivités contribuent ouvertement à OSM et en sont de plus en plus satisfaites car la réponse aux changements du terrain sont tellement efficaces que parfois OSM va si vite que ces dernières sont à peine vraies qu’elles sont déjà en ligne et disponible pour tous.
    Le fait que ces mêmes services publics se rendent compte de ce qu’elles peuvent faire avec les outils OSM fait que oui l’IGN est complètement archaïques! Êtes-vous en mesure de placer précisément les bouches à incendies, les défibrilateurs cardiaques, les points de collectes recyclages, … NON vous en êtes incapable avec votre système économique basé sur la rente d’exclusivité fonctionnelle (je devrais dire monopolistique).

    La FFRP est dans la situation aussi de devoir choisir collaborer et abandonner vos services payants ou disparaître petit à petit et abandonner vos services car vous ne serez pas capable de suivre l’évolution qui est en marche depuis 10 ans.
    La collaboration à l’œuvre commune est indispensable à la survie de tous. Le bien commun appartient à tous et non à quelques-uns qui peuvent en profiter exclusivement. Ce qui est financer par nos impôts appartient à tous et donc DOIT être accessible à tous et non en rente propriétaire dans le plus mauvais sens du terme.

    La CGT serait-elle devenue plus capitaliste que le CAC40 en refusant de voir les évolutions profondes de la société depuis l’arrivée massive d’Internet dans tous les foyers y compris les plus modeste?

  6. J’ai profondément de respect et d’admiration pour les agents de l’IGN et leur travail, dont j’utilise les productions de qualité depuis bien longtemps, et pour encore bien longtemps je l’espère.

    Je suis très attristé et inquiet de lire ce communiqué, qui malheureusement montre que l’IGN ou en tout cas le syndicat n’a rien compris à l’époque dans laquelle nous allons vivre. Je crois assister une fois de plus à la réaction d’un dinosaure qui s’attache à l’ancien monde, croyant qu’il est perdu, alors qu’il lui suffit de se remettre en question pour évoluer avec le reste des industries et des services.

    Agents de l’IGN, pensez à l’industrie de la musique, du cinéma, de la culture, de l’éducation, pensez aux services du tertiaire, aux administrations publiques… Regardez lesquelles s’accrochent désepérement à d’anciens modes de fonctionnement et qui sont sur le déclin ou ont déjà disparues, regardez celles qui ont su se transformer et évoluer pour être en phase avec la société. Avec ces positions, vous faites pour l’instant partie de la première catégorie.

    Il y a de place pour vous comme pour OpenStreetMap et Google. Partenaires et concurrents en même temps. Il est possible de trouver une viabilité économique à votre organisme, malgré les moyens en baisse et l’augmentation des difficultés auxquelles vous faites face au quotidien.

    Je croyais la transformation bien amorcée avec l’assouplissement des règles d’utilisation de vos produits, et l’ouverture sur le numérique et le mobile. Ces mutations permettaient enfin à un particulier d’accéder à coût abordable à l’information nécessaire. À titre personnel je préférais payer mes abonnements à l’IGN plutôt que faire un don à OpenStreetMap à la place… Mais ça, c’était avant de lire cette triste prise de position😦. Précisions : je ne suis ni utilisateur, ni contributeur OpenStreetMap et pour l’instant je préfère IGN.

    J’espère qu’à la lecture des commentaires, l’IGN et la CGT feront un réel effort de compréhension et de prise de recul sur nos positions. Arrêtez d’avoir peur, acceptez les changements même si c’est dur et angoissant. Remettez vous en question sans voir le mal partout. Positivez, trouvez des solutions, et vous survivrez. Campez sur vos idées rétrogrades, et vous disparaisserez, comme les autres.

  7. @cgtgeo

    Puisque vous fourbissez vos arguments, vous nous direz ce que vous pensez des directives PSI 2003/98/CE du 17 novembre 2003 et INSPIRE 2007/2/CE du 14 mars 2007, et de leurs transpositions en droit français ?

    L’expertise de l’IGN est irremplaçable. Pourquoi ne pas voir dans l’existence de communautés collaboratives l’occasion de concentrer cette expertise et ce savoir-faire sur les tâches critiques et « nobles » ?

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